Cinq questions à Prof. Juliana Chan

Cinq questions à Juliana Chan, Professeur de médecine et de thérapeutique et vice-doyenne, Université chinoise de Hong Kong, Hôpital Prince de Galles (CUHK-PWH). Ce semestre, le Professeur Chan se joint à nous pour nous en dire un peu plus sur l’un des Centres d’éducation à avoir récemment grossi les rangs d’un réseau de la FID en pleine expansion.

1. Parlez-nous de votre institution. Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre le Réseau de centre d’éducation de la FID (IDFCE)?
Le Centre d’endocrinologie et de diabète du CUHK-PWH a été créé en 1985 en tant que service et unité d’enseignement du PWH, l’hôpital universitaire de la CUHK. Depuis lors, il s’est agrandi pour inclure six unités fonctionnelles au sein desquelles une centaine de personnes se consacrent à toute une série d’activités étroitement liées se situant à la croisée de la recherche, des soins et de l’éducation. Notre stratégie consiste à utiliser des données probantes pour changer la pratique et influencer les politiques. En rejoignant le Réseau IDFCE, nous souhaitons partager nos expériences et apprendre des autres Centres afin de contribuer à notre vision de la prévention et du contrôle du diabète par l’innovation, le travail de collaboration et le développement des ressources humaines.

En rejoignant le Réseau IDFCE, nous souhaitons partager nos expériences et apprendre des autres Centres

2. Quel processus avez-vous suivi pour devenir un Centre d’éducation officiellement reconnu ?
Nous avons dû fournir une proposition détaillant la vision, la mission, les activités, les réalisations et la gouvernance de notre centre. Nous avons également dû y inclure la stratégie et le plan d’action que nous entendons suivre pour réaliser nos objectifs. Ensuite, nous avons reçu la visite de deux cadres supérieurs de la FID pendant deux jours au cours desquels les chefs d’équipe étaient invités à présenter la structure, la vocation et les résultats engrangés par  chacune des six unités. Les deux émissaires de la FID ont découvert les différentes unités et passé en revue divers documents tels que le matériel pédagogique, les commentaires aux étudiants, les procès-verbaux de réunions, les normes de fonctionnement des activités, les plans de recherche et les publications. Ils ont également observé la manière dont nous formons les infirmières et les assistants en soins de santé afin qu’ils mettent en œuvre un programme de soins structuré qui commence par un plan de stratification des risques destiné à établir un registre permanent basé sur des protocoles standard, et suivi par une phase d’autonomisation et de répartition des patients dans différents modèles de soins. À cet égard, ils se sont montrés tout particulièrement intéressés par la manière dont le programme avait évolué en un programme en ligne de gestion de la maladie, le programme JADE – pour Joint Asia Diabetes Evaluation.

Mis en œuvre en Asie, JADE permet aux médecins de créer un registre à des fins d’assurance et d’amélioration de la qualité. Les émissaires se sont également entretenu avec deux diplômés de notre master, un pharmacien et un médecin généraliste, afin d’en savoir un peu plus sur la manière dont les cours les avaient aidés dans leur développement professionnel et la gestion de leurs patients. Les émissaires ont terminé leur visite par un entretien avec les directeurs de programme avant de nous donner leurs impressions sur la stratégie et le fonctionnement du centre.

Le soutien et la reconnaissance d’une organisation indépendante et aussi prestigieuse que la FID a  renforcé notre volonté de nouer le dialogue avec les acteurs concernés
 


3.Le fait de devenir un Centre d’éducation a-t-il apporté quelque chose à votre institution? Quels avantages avez-vous tirés de votre affiliation au réseau jusqu’à présent?
Après l’annonce informelle lors de la réunion de Dubaï, nous avons assisté à notre première réunion avec les responsables des sept autres centres implantés en Amérique du Sud, en Europe, en Asie et en Australie. Nous avons tous été frappés par l’extrême similitude en termes de défis à relever et de stratégies à adopter pour améliorer les soins aux personnes atteintes du diabète par le biais d’une éducation des professionnels, des patients et du grand public. Le soutien et la reconnaissance d’une organisation indépendante et aussi prestigieuse que la FID a  renforcé notre volonté de nouer le dialogue avec les acteurs concernés afin d’élargir nos stratégies pluridimensionnelles à d’autres secteurs via des collaborations et des activités de réseautage, et ce tant à Hong Kong qu’à l’extérieur de nos frontières.

4. En tant que nouveau Centre d’éducation, quels sont vos objectifs pour l’année à venir?
Notre gouvernement s’est engagé à mettre en place des filières professionnelles pour les infirmières éducatrices en diabète, y compris la nomination de consultants spécialisés pour les infirmières, et à fournir un soutien considérable au personnel de soins primaires, y compris les ONG, afin de les encourager à se servir de stratégies similaires telles que la stratification des risques, les soins structurés et le soutien des pairs. Cette approche devrait sans conteste permettre une amélioration des soins aux personnes atteintes de diabète. Au cours de l’année à venir, le Centre axera ses activités sur trois domaines couvrant des besoins non satisfaits. Premièrement, nous élaborons actuellement un programme de proximité, de détection et de motivation ciblé sur les sujets d’âge moyen. Lorsqu’ils sont touchés, ces individus présentent un risque élevé de complications dues à la durée de leur état, mais ils ont également tendance à négliger leur profil à risque en raison d’autres priorités. Ensuite, nous nous baserons sur une approche globale, intégrant une modification du contexte clinique, afin de permettre au personnel soignant de recourir à l’autonomisation des patients, au soutien par les pairs, aux thérapies personnalisées, et à la dynamique de groupe pour traiter des patients difficiles à soigner, comme ceux marqués par de multiples comorbidités, l’obésité ou un diabète précoce. Ces patients ont bien souvent des besoins médicaux et psychologiques qui ne peuvent être pleinement satisfaits dans un environnement clinique surchargé où les consultations ne durent généralement que 5 à 10 minutes. Enfin, nous continuerons à encourager les grands leaders d’opinion d’Asie à défendre le programme JADE afin de favoriser une évaluation systématique du concept consistant à utiliser une équipe mixte médecin-infirmier-agent administratif pour stratifier les risques et mettre en œuvre des soins structurels, aidés par un portail électronique proposant un outil d’évaluation des risques, des protocoles de soins et un soutien décisionnel.

Notre gouvernement s’est engagé à mettre en place des filières professionnelles pour les infirmières éducatrices en diabète, y compris la nomination de consultants spécialisés pour les infirmières, et à fournir un soutien considérable au personnel de soins primaires

5. Comment aimeriez-vous voir le réseau évoluer à l’avenir?
En réponse à l’appel à l’action contre le diabète lancé par la FID, nous nous réjouissons à l’idée de travailler en étroite coopération avec d’autres membres du réseau afin de mettre au point des projets collaboratifs dans le but ultime de renforcer le système de soins de santé et donc d’assurer aux personnes atteintes du diabète un accès à l’éducation, aux soins et aux médicaments essentiels pour éviter l’apparition et la progression de complications. À cet égard, il nous paraît vital de créer une filière de formation d’infirmières éducatrices en diabète qui assureraient le lien entre le patient et le médecin. En unissant nos forces pour collecter des données et des chiffres relatifs à la rentabilité d’un registre pour la qualité assurance et d’une équipe infirmier/médecin fournissant des soins structurés et holistiques, nous espérons que ces pratiques évolueront pour devenir une norme, à l’image de la tenue d’un registre dans le domaine des maladies transmissibles ou de la présence d’une sage-femme en obstétrique.

Préparé par le Professeur Juliana CN Chan et le Dr. CC Chow, directeurs conjoints du Centre d’éducation FID du CUHK-PWH